* Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques.

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Presse écrite.

L'Expansion (08/04/2009)

Partis fauchés cherchent plan de relance

A la veille du scrutin européen, les formations politiques affichent toutes ou presque des finances dans le rouge. De la vente de leur patrimoine à la course aux dons, elles ne négligent aucune piste pour renflouer leurs caisses.

RUES DES SUISSES : l'adresse du nouveau siège du Front national fait chic, mais elle se situe dans un quartier sans âme de Nanterre. Loin du «paquebot » de Saint–Cloud, symboles des années fastes du parti frontiste. Marine Le Pen se ronge les sangs dans son bureau de fortune, encore encombré de cartons. Avant de partir en campagne pour les élections européennes de juin prochain, elle attend un coup de fil. Pas de son père, Jean–Marie, avare d'encouragements. Non, de son banquier. Elle vient en effet de le solliciter pour obtenir un prêt personnel de 500 000 euros, avec hypothèque sur ses biens et caution de ses colistiers pour plus de garanties. Un score supérieur à 3 % dans la région Nord–Ouest, où elle est candidate, lui suffirait pour obtenir de l'État le remboursement des dépenses. Mais, avec ou sans concours bancaire, le risque politique –et donc patrimonial — est trop lourd pour qu'elle assume seule. Cette fois, aucun des candidats du FN ne recevra le moindre fifrelin du parti, même pour les affiches. Etranglés par les dettes après sa débâcle aux législatives, le Front doit déjà 6 millions d'euros à son imprimeur (et député européen) Fernand Le Rachinel. Dans le paysage politique français, le FN ne fait d'ailleurs pas exception : toutes les formations confrontées à des difficultés financières, doivent gérer à l'économie et trouver de nouvelles ressources.
Sans surprise, les plus désargentés sont les partis en perte de vitesse. Dure mais juste loi électorale, les revers politiques des candidats se répercutent immédiatement sur les comptes de leurs partis. Après son piètre score à la dernière présidentielle (1,9 %), Marie–George Buffet laisse une ardoise de 3,4 millions d'euros au Parti communiste. « Sous la barre des 5 %, l'Etat lui rembourse à peine 20 % des 4,2 % millions dépensés pendant la campagne », calcule le trésorier, Jean–Louis Marchais. Chez les Verts, les mécomptes de Dominique Voynet (1,6 %) ont entrainé un trou de 760 000 euros.

Un financement public essentiel

Nouveau Centre Déficit en 2008 : 276 000 euros
Parti socialiste Chute des recettes provenant des adhérents depuis 2007 : 500 000 euros
Parti communisteBaisse de la subvention publique annuelle depuis 1997 : 2,32 millions d'euros
Front national Dette provoquée par l'échec des législatives : 6 millions d'euros
Les VertsTrou de la campagne Voynet : 760 000 euros
UMP Dette actuelle à rembourser avant 2012 : 18 millions d'euros
MoDem Recul des aides d'Etat en 2009 : 840 euros

MAIS C'EST À L'OCCASION DES LEGISLATIVES que tombe le couperet le plus tranchant. Depuis les lois de 1988 et 1995 sur le financement des partis, seul ce scrutin donne droit à la manne publique. Les entreprises ne peuvent plus apporter leur offrande générosité limitée à 7 500 euros. Aux soutiens privés se substituent donc des concours étatiques versés selon une règle claire : au premier tour, chaque suffrage rapporte 1,67 euro ; un siège de député assure environ 45 000 euros à son parti pour chacune des cinq années de la mandature. Affecté par ses déboires électoraux, le PCF se prive ainsi de 2,3 millions d'euros par an depuis 1996.
Le MoDem de François Bayrou, abandonné par presque tous les députés centristes, devra se passer de 840 000 euros en 2009. Une forme de Darwinisme électoral opère donc, au détriment des plus faibles et des petits. ?? Sans l'aide de l'Etat, un parti ne peut par exister ??, insiste Charles de Courson, le trésorier du Nouveau Centre. Spécialiste des finances publiques, il a trouvé une astuce juridique pour toucher les subsides de l'Etat. Avec une vingtaine de députés élus, sa formation pouvait revendiquer 1 million d'euros en 2008, à condition d'aligner aussi 50 candidats ayant recueilli au moins 1 % des voix. Or les centristes de la majorité étaient seulement 43. Cette contrainte ne s'appliquant pas outre–mer, le Nouveau Centre va passer une convention avec le microparti centriste polynésien, le Fetia Api. Officiellement bénéficiaire de l'aide, celui–ci la reversera au grand frère métropolitain. Gonflé, acrobatique, mais légal !
Les grands partis ont aussi des soucis, mais pas les mêmes. Le PS et l'UMP perdent des adhérents, donc des ressources. Depuis le sommet atteint lors de la dernière campagne présidentielle, le Parti socialiste a vu partir 130 000 cotisants. «  Un manque à gagner de 500 000 euros dans les comptes de 2008 », chiffre le trésorier, Régis Woerth, déplore une hémorragie comparable.

Comme les sociétés en difficulté, les partis taillent dans les effectifs et rabotent les frais généreux.

ALORS EVIDEMMENT, tout le monde s'active en coulisse pour faire entrer de l'argent frais. Pour certains, il faut carrément liquider le patrimoine. Le parti communiste solde ses biens immobiliers aux quatre coins du pays : l'école centrale, à Draveil (Essonne), la propriété offerte en son temps au secrétaire général Maurice Thorez, et, dernièrement, l'espace Karl–Marx, à Paris. « Il reste le deux–pièces de Lénine dans le XIVe arrondissement de Paris, mais le PC va tout faire pour le conserver », prévient Jean–Louis Frostin, hostile à l'idée de faire de son prestigieux passé table rase. Pas question non plus pour les communistes de se défaire du prestigieux siège conçu par l'architecte brésilien Oscar Niemeyer, place du Colonel–Fabien. Ils préfèrent en louer deux étages, quitte à tasser la direction dans les bureaux restants, et récupérer ainsi 300 000 euros de revenus fonciers annuels. Le nouveau locataire du taulier communiste, Autochenille Production, édite des BD, la plus célèbre contre l'histoire d'une sardine et d'un pirate à bord d'un vaisseau spatial . . . assez loin du cuirassé Potemkine. Le PC dispose aussi d'un patrimoine de valeur légué par des artistes compagnons de route. Les camarades songent ainsi à vendre un vitrail réalisé par Fernand Léger à un musée. «Le prix évoqué tourne autour de 500 000 euros », lâche le trésorier, la mort dans l'âme.
De l'autre côté de l'échiquier politique, le FN vend aussi ses actifs. Outre la « très romantique » Peugeot 605 blindée de Jean–Marie Le Pen, mise en vente sur un site d'enchères, le Front cherche un acquéreur pour son ancien siège de Saint–Cloud. La vente du «paquebot » le sauverait du naufrage. « Le bâtiment est mis à prix à 14 millions d'euros, mais on le laisserait partir pour 12 millions, histoire de rembourser tout de suite nos emprunts », prévient Joël Raveau, le grand argentier du FN. Toujours au chapitre immobilier, la puissante UMP voudrait déménager. Lestée d'une dette de 18 millions d'euros contractée pour financer la campagne de son candidat Nicolas Sarkozy, elle cherche à faire des économies. « La location du siège, rue La Boétie, coûte 4 millions d'euros par an. Les recherches s'orientent vers des quartiers traversés par la ligne 12 du métro, qui dessert l'Assemblé Nationale », confie Eric Woerth.
Autre nécessité : dégraisser, à la manière d'une société en difficulté. Depuis la présidentielle 2007, les départs de salariés ne sont plus remplacés à l'UMP. Résultat : les effectifs ont baissé de 24 %. Mais les coupes les plus claires dans les effectifs de permanents sont faites... à gauche. Les Verts viennent de licencier la moitié de leur personnel. «Dans des conditions sociales très décentes, le parti économisera à terme 800 000 euros annuels », précise, en cost killer non voilent leur trésorier, Mickaël Marie. Les partis attendent aussi beaucoup du rabotage des frais généraux. Place du Colonel–Fabien, les téléphones fixes ne peuvent plus joindre un portable, à l'exception bien sûr de la ligne réservée à la secrétaire nationale, Marie–Georges Buffet. Dans le registre bouts de chandelles, les députés du Nouveau Centre s'engagent à payer leurs voyages sur leurs propres deniers, le candidat frontiste aux européennes Bruno Gollnisch promet de dormir pendant sa campagne dans un camping–car loué à cet effet, et le Parti socialiste envisage de convertir son magazine hebdomadaire en mensuel ou newsletter sur Internet.

« IL N'Y A PAS QUE LES REDUCTIONS des coûts pour améliorer les comptes. Une organisation politique peut aussi chercher des recettes supplémentaires », précise l'ancien trésorier socialiste, Michel Sapin. Héritiers d'une vision un peu sacerdotale du combat politique, tous les partis de gauche mettent leurs élus à contribution davantage que leurs concurrents de droite. Depuis 2008, les parlementaires su PS doivent verser 500 euros par mois au parti, contre 300 précédemment. Globalement, les élus socialistes apportent à eux seuls un quart des recettes du parti. Certains se font toutefois tirer l'oreille avant de lâcher des sous, notamment Jack Lang. Les Verts viennent aussi d'augmenter la taxe partisane, baptisée « cotisation spécifique de solidarité », la portant à 13 % de l'indemnité. Un taux encore éloigné de celui auxquels sont soumis les parlementaires communistes, priés de reverser 51 % de leur revenu. « Mieux vaut augmenter la contribution des élus plutôt que la cotisation des adhérents, maintenue à 20 euros la première année », commente le socialiste Régis Juanico.
Toutefois, les grands partis comptent surtout sur la générosité des particuliers pour se renflouer. Sur ce terrain, la droite a de l'avance. En 2008, l'UMP a récolté 7,4 millions d'euros de dons provenant de 50 000 personnes. D'ailleurs, le parti présidentiel prend soin des plus généreux. Un don supérieur à 3000 euros donne accès au club privilégié des VIP de l'UMP. Ce beau monde est régulièrement convié à des réunions pour rencontrer les ministres — un égard très apprécié. Dans le camp d'en face, une idée, elle aussi fondée sur la générosité su public, agite les comptables socialistes : organiser des primaires pour désigner le candidat maison, sur le modèle italien (3,5 millions de participants en 2007). Moyennant quelques euros, des sympathisants de gauche exprimeraient leur préférence . . . pour le plus grands bénéfice du parti.
« L'appel aux dons et plus généralement le marketing politique ne font pas encore partie de la culture socialiste, mais il faut bien s'y mettre. Sans doute sur le modèle de Barack Obama, qui a bâti sur Internet un réseau d'animateurs infatigables pour prêcher la bonne paroles et attirer des capitaux », reconnaît Michel Sapin. Fini le temps des militants réunis en section pour refaire le monde. Ils doivent se muer en supporters de candidats et en bailleurs de fonds . . . pour une noble cause : soutenir leur parti, comme ils le feraient d'un club de foot.

À NOTER

Les comptes du NPA Résolument dans le vert.

Au Nouveau Parti anticapitaliste, le rouge s'affiche partout sauf dans les comptes. Les trotskistes devraient dégager en 2008 un confortable profit d'environ 450 000 euros ! Le jeune trésorier Guillaume Liégard, professeur de physique dans la Seine–Saint–Denis, étale sans complexes ses bons résultats : «  les succès électoraux d'Olivier et de la LCR font mécaniquement augmenter les aides publiques de 72 %, les portant à 900 000 euros. Perçus à chaque exercice pendant cinq ans, la durée de la législature. »Un chèque bon à prendre, même s'il est signé par l'Etat capitaliste. Les cotisations es presque 3 000 nouveaux adhérents du NPA arrondissement aussi le budget : «  La culture militante change par rapport à la Ligue communiste révolutionnaire. Les novices du NPA s'engageront peut–être avec moins de foi, mais ils feront grossir les rangs. Le parti vise un doublement des recettes. » Pas question pour autant de brader le prix des cartes : les plus modestes paieront environ 60 euros annuels, mais les bobos plus argentés devraient allonger jusqu'à 1 200 euros. Ces rentrées d'argent, le trésorier confesse les placer . . . en sicav monétaires. Un peu bourgeois non ?

En choisissant le statu d'association, Désir d'avenir peut récolter des dons sans plafonnement.

Les supporters de Ségolène royal viennent de changer –très discrètement– leur statut. Lors de la campagne présidentielle, Désirs d'avenir apparaissait juridiquement comme un parti politique, histoire de pouvoir joindre ses efforts à ceux de son « grand frère », le Parti socialiste, dans le soutien à la candidate. Le 15 octobre 2008, le petit club est devenu une association comme une autre, régie par l'incontournable loi de 1901. « Ségolène Royal » le dit et le répète depuis le congrès de Reims : elle appartient à un seul parti, le PS », martèle en guise d'explication la financière de Désirs d'avenir, Monique Saliou, élégante magistrate de la Cour des comptes. Mais derrière cette mue se cacheraient des motifs moins politiques et surtout moins louables. Un désir d'argent ? Le statut d'association offre une grande souplesse financière. Une association peut recevoir des dons provenant de généreux mécènes sans plafonnement, à la différence d'un parti (7 500 euros maximum).
Du coup, l'ex–candidate à la présidentielle peut solliciter ses réseaux d'amis. En particulier le meilleur d'entre eux, l'homme d'affaires Pierre Bergé, par ailleurs président des Amis de Ségolène Royal, une association –encore– qui est «  en coloc » avec les «  désireux d'avenir » dans un appartement de 175 mètres carrés sur le boulevard Raspail.
« Personne ne doit voir en Pierre Bergé une tirelire, mais sa contribution ferait du bien à l'équipe, qui ne roule pas sur l'or », poursuit Monique Saliou.
Sous la bannière associative, Désirs d'avenir peut aussi recevoir l'aide financière d'entreprises. Pour l'heure, Ségolène et ses amis déclineraient les offres. Mais une question brûle les lèvres et agite déjà les juristes. Si l'association redevient parti politique en 2011, un an avant l'élection, pour soutenir Ségolène Royal, quel sort sera réservé aux fonds collectés au cours des deux années précédentes ? « Si Désirs d'avenir se présente avec une trésorerie de plusieurs millions d'euros, un problème de rétroactivité se posera. Autrement dit, faudra–t–il rendre la somme levée grâce au contournement de la loi sur les partis ? Im possible de répondre à ce jour », avoue un commissaire aux comptes spécialiste des organisations politiques.

Franck Dedieu


FN

Financièrement aux abois, le FN vendrait son « paquebot » de Saint–Cloud 12 millions d'euros pour rembourser ses dettes. Aujourd'hui, le parti loge plus modestement à Nanterre (Hauts–de–Seine).

UMP

Le parti présidentiel loue ce bâtiment 4 millions d'euros par an rue La Boétie. Il cherche un site moins coûteux, à louer ou à vendre, mais le long de la ligne du métro, celle qui désert l'Assemble nationale.

PS

La nouvelle direction socialiste ne veut pas vendre ce somptueux bâtiment de la rue de Solférino. Mais les amis de Ségolène Royal éliraient bien domicile dans un quartier de Paris plus populaire.

PCF

Les communistes louent maintenant deux étages de leur siège, dessiné par l'architecte brésilien Oscar Niemeyer. Place du Colonel–Fabien, les loyer tombent, mais la direction doit se serrer un peu.

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