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Presse écrite.

Le Monde (07/07/2010)

Comment les partis politiques sont–ils financés ?

L'affaire Woerth–Bettencourt remet à l'avant–scène la question du financement des partis, ce poison qui mine la vie politique depuis plusieurs décennies. Les dons révélés par les écoutes des conversations entre la milliardaire octogénaire, Liliane Bettencourt, et son gestionnaire de fortune, Patrice de Maistre, ont aiguisé les soupçons. Un chèque à Eric Woerth, tout particulièrement, d'un montant de 7 500 euros, a dans un premier temps retenu l'attention. Il n'a pas été versé directement au ministre du travail, mais à un microparti qu'il a fondé, baptisé Association de soutien à l'action d'Eric Woerth. Une structure jusqu'alors passée inaperçue.

Les révélations de Mediapart, mardi 6 juillet, vont donner un nouveau tour à l'affaire. L'ex–comptable d'André et Liliane Bettencourt a affirmé au site d'information que le couple aurait régulièrement financé, par le biais d'enveloppes contenant de grosses sommes en espèces, des personnalités de la droite française, dont Nicolas Sarkozy, pendant la campagne présidentielle de 2007.

Explications sur ce que permet de faire la loi française pour financer un parti et sur les philosophies différentes, en la matière, des deux principaux mouvements politiques, l'UMP et le PS.

Un financement encadré Les revenus des partis, chaque année passés au crible de la commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), proviennent essentiellement de quatre postes de recettes : le financement public, les cotisations des adhérents, les contributions des élus et les dons de personnes physiques. Tous doivent être strictement déclarés.

La manne publique touchée par les partis repose essentiellement sur les résultats obtenus par les partis aux élections législatives. En 2008, dernier exercice certifié, l'UMP a touché 34 484 473 euros de l'Etat, contre 22 702 818 euros pour le PS. Les autres ressources sont liées à la gestion du parti. Ainsi, toujours en 2008, l'UMP a collecté 7 409 001 euros de dons de personnes physiques, contre seulement 1 697 237 euros pour le PS. En revanche, le PS a touché 13 166 686 euros de ses élus, contre à peine 1 721 280 euros pour le parti rival.

Les deux partis n'ont donc pas, en matière de collecte de fonds, la même philosophie. Le PS demande beaucoup plus à ses élus. Ils apportent 10 % de leurs indemnités, soit 500 euros par mois pour les sénateurs et députés, 610 euros pour les eurodéputés. L'UMP, de son côté, est passée maître dans l'art de solliciter les particuliers. « Contrairement à l'UMP, nous ne sommes pas organisés pour cela. Au niveau national, le plus gros don que nous avons enregistré en 2009 était de 1 000 euros », assure Régis Juanico, le trésorier du PS.

La kyrielle des « petits partis » Le chèque versé par Liliane Bettencourt à l'Association de soutien à l'action d'Eric Woerth a mis en lumière une pratique répandue. Celle de la création de petits partis, constitués autour d'une personnalité. En 1990, la CNCCFP dénombrait seulement 28 partis politiques. Au 30 juin 2009, elle en dénombrait 283. Depuis le 1er janvier 2009, pas moins d'une quarantaine de petits partis ont été créés...

Le dernier enregistré en date, Agir pour Colombes, a été créé par la secrétaire d'Etat aux sports, Rama Yade, le 14 juin. Benoist Apparu, le secrétaire d'Etat au logement, a fondé le 25 mai l'Association de soutien à l'action de Benoist Apparu. Benjamin Lancar, le leader des Jeunes populaires, le mouvement de jeunesse de l'UMP, a fait enregistrer Le 10e en mouvement, le 28 avril. Valérie Pécresse, la secrétaire d'Etat à la recherche, a porté sur les fonts baptismaux Changer c'est possible, le 19 janvier. « Presque tous les membres du gouvernement ont un parti », constate–t–on à la CNCCFP.

A priori, rien de condamnable dans cela. La loi autorise la création de ces partis, qui permettent la multiplication des ressources. Car si une personne n'a pas le droit de donner plus de 7 500 euros à un parti, elle peut donner à sa guise 7 500 euros à chaque parti.

Dans son rapport 2005–2006, à la page 38, la CNCCFP a lancé cet avertissement : « La liberté de création des partis politiques a pour conséquence de faciliter le détournement de la loi en favorisant la création de partis satellites. Une même personne physique peut ainsi financer plusieurs partis, (...) les partis bénéficiaires reversant ensuite l'argent récolté au «parti central». » La CNCCFP alerte aussi sur une autre faille du système. Si les dons sont plafonnés, ce n'est pas le cas du montant des cotisations des adhérents.

Les petits partis semblent toutefois avoir surtout vocation à financer leurs créateurs. « Valérie Pécresse a fondé le sien pour collecter des fonds pour les primaires des régionales au sein de l'UMP, que le parti ne finançait pas », assure son entourage. M. Woerth, en 2008, a profité de son parti pour toucher 66 250 euros de l'UMP. Quitte à alimenter des jalousies.

L'UMP et l'art du « fundraising » Outre les 7 500 euros qu'elle peut verser à un parti, une personne physique est autorisée par la loi à donner 4 600 euros à un candidat en campagne. Les partis politiques sont les seules personnes morales autorisées à financer les campagnes des candidats.

L'UMP a professionnalisé l'art de la collecte de fonds auprès des particuliers. « On utilise les techniques classiques du fundraising [collecte de fonds], comme les associations humanitaires », assure un cadre du mouvement. Le parti présidentiel s'appuie sur une agence de marketing, Optimum, qui sollicite les sympathisants.

Une autre structure, le Premier cercle, a fait couler beaucoup d'encre. C'est une organisation discrète, créée pour l'élection de M. Sarkozy, et dirigée par le trésorier de l'UMP, M. Woerth. Elle rassemble de nombreuses grandes fortunes. Ces donateurs généreux ont droit à un traitement de faveur. Ils peuvent rencontrer, au cours de réunions dans des endroits selects, tel l'Hôtel Bristol à Paris, des sommités du parti et parfois le chef de l'Etat lui–même.

Le fait que le patron du Premier cercle ait aussi été ministre du budget aiguise les critiques de la gauche. Le patron de l'administration fiscale est–il le mieux placé pour solliciter la générosité de grandes fortunes ?

Pierre Jaxel–Truer et Sophie Landrin

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