* Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques.

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Presse écrite.

Libération (26/07/2010)

Des partis de poche au détour de la loi.

(page 2)

Par CÉDRIC MATHIOT

L'ESSENTIEL

LE CONTEXTE

En marge de l'affaire Bettencourt, on découvre que, ces dernières années, ont été créés des centaines de pseudopartis.

L'ENJEU

La loi interdit de donner plus de 7500 euros à une formation politique, mais pas à plusieurs micropartis. C'est légal.
Est-ce moral ?

A gauche comme à droite, des voix s'élèvent contre la prolifération des structures de financement politique.

Les Français peuvent dire merci à Liliane Bettencourt : elle leur a révélé toute la richesse de vie politique hexagonale. Au bout d'un chèque de 7 500 euros signé par l'héritière de L'Oréal (lire page 8), la France a d'abord découvert l'existence de l'Association de soutien à l'action d'Eric Woerth. Avant de réaliser que ce minuscule parti installé dans l'Oise avait une foultitude de cousins.

Ainsi, au–delà de la quinzaine de partis ayant pignon sur rue, il existe en tout 296 formations politiques référencées. Aux côtés du PCF ou de l'UMP, on trouve l'Association des cybermilitants de la droite et du centre, Bâtir le pays martiniquais, Non à la Turquie en Europe, le Renouveau marmandais, ou encore l'Association de soutien à l'action de Benoist Apparu (lire page 4).

SATELLITES. Pour autant, ces petites structures recoupent des réalités très différentes. Dominique Paillé, porte parole de l'UMP, veut faire le distinguo entre d'authentiques petits partis, satellites de l'UMP, liés au parti majoritaire (qui leur verse des subventions) par des conventions, et les autres. C'est le cas du Chêne, courant gaulliste emmené par Michèle Alliot–Marie, du Parti chrétien–démocrate de Christine Boutin ou de la Gauche moderne de JeanMarie Bockel, porteuse d'un blairisme à la française. Autant de structures certes confidentielles, mais qui veulent incarner un courant de la droite ou du centre au sein de la majorité.

Or, à côté de ces structures existent des partis d'un autre genre, uniquement dédiés à leur fondateur. Avec eux, Dominique Paillé est moins amène : « Je m'interroge sur la multiplicité de ce type de partis, non pas sur le plan légal, mais sur le plan de l'éthique politique. La politique est une aventure collective, qui demande la mise en commun de certains moyens pour mener des combats partagés. La multiplicité de ces petits partis me semble une manière de dévoyer l'action politique », déclarait–il la semaine dernière sur France Info.

De fait, les associations de soutien à l'action d'Eric Woerth ou de Benoist Apparu sont des machines dédiées à la seule promotion de leur créateur. Benoist Apparu, Rama Yade, Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse, ou Eric Woerth ont ainsi chacun leur parti de poche. Ces partis privatifs ­à la notable exception de celui d'Eric Woerth qui a récolté 66 000 euros de l'UMP en 2008­ n'ont pas de relation financière avec l'UMP.

Et la gauche dans tout ça ?

Au début, le PS s'est pincé le nez dénonçant une dérive propre à la droite.

Avant de découvrir que Manuel Valls, député PS de l'Essonne, venait de lancer son parti (A gauche, besoin d'optimisme) pour se doter des moyens dans la bataille des primaires de 2012. Et de se rappeler que, avant de devenir une association, Désirs d'avenir a été un parti politique soutenant Ségolène Royal. Et, à l'époque des primaires socialistes en vue de la présidentielle de 2007, les Fabiusiens avaient eux aussi lancé un parti, Agir pour l'égalité. Un parti qui existe toujours, même s'il a réduit son activité, avec seulement 7975 euros de dons récoltés en 2008 pour 14784 euros de dépenses.

Dans cette galaxie, il convient d'isoler l'Association de soutien à l'action de Nicolas Sarkozy, structure d'un genre particulier qui justifie à elle seule les réserves que la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) avait émises en 2006 : « La liberté de création des partis politiques a pour conséquence de faciliter le détournement de la loi en favorisant la création de partis satellites. Une même personne peut ainsi financer plusieurs partis, les partis bénéficiaires reversant ensuite l'argent récolté au « parti central ».» De l'aveu même du président de la CNCCFP, le foisonnement des micropartis autour de l'UMP ne vise pas, pour l'instant, à faire remonter de l'argent vers la maison mère.

Reste que l'Association de soutien à l'action de Nicolas Sarkozy est un cas à part.

Voilà un parti dénué de la moindre activité (3000 euros de dépenses par an) et dont le seul objet est de récolter des dons pour financer la campagne de Nicolas Sarkozy.

En 2006 et 2007, l'association a collecté 272000 puis 135000 euros de dons. Lesquels ont été partiellement (250000 euros) reversés à l'association de financement de la campagne du candidat UMP.

BÉNÉDICTION. Le Nouvel Observateur a révélé que cette structure a sciemment été utilisée pour contourner la loi. Dans un courrier rendu public par l'hebdo, le gestionnaire de fortune des Bettencourt indiquait au couple de milliardaires la marche à suivre pour dépasser le plafond autorisé : les époux étaient invités à adresser chacun un premier chèque à l'association « officielle » de financement de l'UMP, puis un deuxième à l'association de soutien à l'action de Nicolas Sarkozy. Le tout avec la bénédiction de l'UMP si l'on en croit cet extrait du courrier : « Nous avons convenu, avec Monsieur Woerth, écrit Patrice de Maistre, que vous pourriez faire déposer ces quatre chèques à son attention, à l'UMP 55 rue de la Boétie Paris 8ème.» Après la présidentielle, l'association de soutien de l'action de Nicolas Sarkozy s'est mise en sommeil, recueillant seulement 7474 euros de dons en 2008. Et elle a placé la moitié de ses réserves, soit 200000 euros. Une petite tirelire qui pourrait s'avérer utile en 2012.

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